LES IMAGES RETROUVÉES

Qu’est-ce qu’une image d’archive ? Un reflet neutre des faits, d’une réalité, ou une construction idéologique créée par l’état pour imposer son point de vue totalitaire ?

Dans les anciennes colonies Françaises, comme en Russie le pouvoir utilisait l’image comme moyen de subordination des populations. Travailler sur les archives audiovisuelles, tournées généralement par des institutions officielles dans un but de propagande, et les détourner, est l’enjeu de deux films projetés dans le cadre de la 28ème édition du FIPA. « La France est notre patrie » (75 min) de Rithy Panh et  « Shoah, les oubliés de l’histoire » (52 min) de Véronique Lagoarde-Ségot.

Les deux films, sont dans une pratique cinématographique qui essaie de réécrire l’histoire du 20ème siècle, et de questionner les mécanismes de la construction de l’histoire. La démarche initiale des deux réalisateurs est semblable : écrire une nouvelle version de l’Histoire à travers un montage des images d’archive. Sauf que le dispositif qu’ils ont utilisé et leur manière d’ajuster les archives est différente.

Rithy Panh, réutilise l’atmosphère des films muets, pour recréer la même ambiance que celle des films coloniaux. Le film s’inscrit dès ses premières séquences dans un « registre dérisoire », intensifié par l’utilisation de la musique et de tableaux en noir qui reproduisent des citations colonialistes et racistes. La France comme le prétendait la propagande de l’époque était dans une « mission civilisatrice », et «la race » Blanche était supérieure aux autres. Les images voulaient témoigner de cette vision coloniale, de la prospérité « illusoire » apporté dans les colonies.

Le réalisateur arrive, à travers images d’archives et musique, à reproduire les codes du discours colonial, et ce pour le déconstruire, le confronter avec notre regard contemporain et condamner l’exploitation des anciennes colonies. Les écoles, les routes et les hôpitaux étaient bâtis non pour servir les indigènes mais pour le colonisateur. Les étrangers étaient ceux qui profitaient du commerce, alors que les autochtones étaient obligés ou de travailler comme des esclaves dans les champs ou de partir à la guerre. une guerre n’est pas la leur.

Rithy Panh est dans un travail de mémoire. Un travail qui retrouve le colonisé, et lui donne un nouveau visage. Il n’est plus cet être effacé, Son regard caméra, arrive à dégager, une forme de résistance. Le colonisé est le même, qu’il soit en Indochine, au Cambodge, ou en Afrique. Il vit les mêmes conditions, et son image témoigne d’une rencontre pénible avec l’occident, marqué par la marginalisation. Son image est la métaphore d’une domination économique et culturelle.

« la France est notre patrie » est un film post-colonialiste. Il est dans un travail sur le discours et l’imaginaire, il recompose l’image et le texte, leur donne un nouveau sens, et les confronte au regard du spectateur, qui arrive à les interpréter selon ses désirs, ses références.

Véronique Lagoarde-Ségot, quant à elle, impose dans son film une seule lecture. Celle, omise par la bureaucratie soviétique autour du massacre des juifs d’Ukraine. Son film, à travers la voix-off, raconte une histoire oubliée, qui est celle du meurtre de 7000 personnes de confession juive à Babi Yar. La propagande, russe, ne parlait pas de leur appartenance, ils étaient des citoyens soviets tués par les allemands.

L’enjeu pour Véronique Lagoarde-Ségot est de contextualiser ce crime dans sa dimension antisémite. L’élimination des juifs d’Ukraine était aussi le fruit de la collaboration d’une partie de la société.

Le film de la réalisatrice, s’adonne à une forme de narration, qui suit le parcours des opérateurs de l’armée russe. Sa stratégie narrative se base sur le récit de leur quotidien de reporters de guerre. Et au fil de leurs images tournées pendant les combats on découvre ce drame. Cette démarche part des deux côtés, confronte les archives audiovisuelles russes et allemands pour reconstituer cette affaire, restituer sa chronologie, et découvrir comment le judaïté des victimes a été omise intentionnellement par les officiels de Moscou.

Mohamed Elkadiri

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