LA FRANCE EST NOTRE PATRIE, HYMNE À LA MÉMOIRE, HOMMAGE À UNE MÉMOIRE COMMUNE

Monté comme un film muet, La France est notre patrie « laisse la parole au spectateur » grâce au dispositif ancien du carton. Rithy Panh se prête au jeu et à la concoction d’une bande musicale ininterrompue dans laquelle il mêle mélodies jazz entêtantes, espiègles et rythmées, clarinettes insolentes et bribes de musiques traditionnelles. Ces dernières pourtant, peinent à exister, à l’image d’une Indochine dépossédée, étouffée par l’empire, sa « patrie ».

Au delà de l’hommage formel que Rithy Panh rend au cinéma, il lui reconnaît une de ses principales vertus, celle de rendre visible l’Histoire, dans une réinvention de l’utilisation de l’archive comme trace du passé. Conjuguant actualités d’époque et archives provenant de l’agence d’images du ministère de la Défense (ECPAD), il propose une réflexion sur les interactions entre cinéma et Histoire et offre au spectateur l’occasion de porter un nouveau regard sur son passé et la propagande mise en œuvre à l’époque. Si le dispositif mis en place repose sur un décalage ironique entre cartons et images, il met l’accent sur l’actualité du sujet et le véritable désir du réalisateur de réutiliser l’histoire au présent.

Après le discours de Sarkozy à Dakar en septembre 2007 à propos de l’Afrique noire colonisée, Rithy Pahn décide de faire un film et de rétablir ce malentendu que l’on retrouve dans un des cartons satiriques du film : « Les peuples sans histoires remercient la France pour sa tutelle bienveillante ».

Archives militaires, amateures ou de propagandes, cartons inspirés de propos de l’époque, premières réactions face à la super 8 : ce film est une trace. La trace d’un passé commun à notre pays qui est reconstituée afin que l’on comprenne, nous français, d’où l’on vient et d’où viennent les couleurs de la France. Car la France aujourd’hui est aussi le Cambodge, l’Indochine, la Polynésie, les Antilles, l’Afrique Noire, le Maghreb, etc.

Pourquoi inclure des archives de tribus africaines dans un film majoritairement consacré à l’Indochine ? C’est la question qu’on se pose après une heure et demie de film. Rithy Panh répond simplement qu’il n’a pas cherché à faire un film précisément sur le Cambodge ou sur le Viêtnam mais bien sur la colonisation en général. Ainsi, intégrer des images d’autres colonies françaises est un choix personnel dans la (re)création de l’Histoire par le réalisateur. Il en propose une nouvelle lecture qui met en évidence, dénonce, la propagande et les analogies qui régissent toute forme de colonialisme. L’épanouissement par le travail, la liberté offerte à un peuple sans histoire grâce à la modernité de la « race blanche »… Pour faire croire à une réciprocité d’influences, le colon montre comme il se divertit des folklores des peuples colonisés : danses traditionnelles, joie de vivre éblouissante de l’indigène, exotisme et sensualité de leurs femmes… Autant d’arguments qui ne servent que l’empire, avide de ressources exploitables.

« La France a apporté la lumière et l’esprit de ses lois », « La patrie est un lien fraternel impossible à briser ». L’ironie frappe les spectateurs que nous sommes aujourd’hui. On en rit, ça nous dérange néanmoins. Le discours va-t-il rester le même jusqu’à la fin du film ? Aboutir à un vecteur de paix pour nos générations ? Et bien oui, la dernière partie du film laisse place à des images de guerre et des cartons plus subjectifs laissant le réalisateur passer un message concret : « Ouvre les yeux jeune fils de France », « La France est notre patrie, pas un empire, pas un rêve ».

Alors que nous sommes en plein cœur de différents conflits religieux et culturels à travers le monde, ce film à l’apparence anachronique a peut-être la forme la plus inattendue pour un documentaire actuel mais représente un message de paix pour tous ces français qui oublient peut-être notre histoire, celle de l’immigration et de la colonisation qui nous amènent à vivre ensemble dans une même patrie.

rithy2

#JeSuisRithy.

A.L. Garat & M. Kraitsowits-Pélage

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